Histoire
20 juil 2022
By: Meryem Massaia

En Guinée, Fofana poursuivait une formation supérieure dans les métiers de la banque et des assurances après l’obtention de son Baccalauréat en 2016. Comme plusieurs jeunes et camarades de sa classe, elle était bercée par le rêve d’aller chercher de nouvelles opportunités qui pouvaient s’offrir à elle en Europe. Elle sauta le pas le mercredi 3 octobre 2018 : « Tout a commencé pour moi ce jour-là…un jour que je n’oublierai jamais ! » confie-t-elle. Elle voyagea au Maroc portée par l’espoir de pouvoir un jour traverser la méditerranée et apporter ainsi un soutien à sa famille une fois arrivée en Europe. En elle, les questions se bousculaient nous confie-t-elle d’un air peiné : « Je me demandais comment se passera le voyage ? Est-ce que je vais mourir ? Que va-t-il m’arriver ? Personne n’en savait rien. Personne à part Dieu. »

Après son arrivée au Maroc, Fofana a commencé à faire face aux difficultés et défis se présentant aux personnes migrantes qui optent pour voyager au Maroc comme destination de transit avant de tenter de traverser vers les côtes européennes en situation irrégulière : « J’ai vécu dans la rue pendant ces quatre années passées…  J’ai passé des nuits d’horreur et d’inquiétude dans les forêts et j’ai eu plusieurs problèmes de santé. » dit-elle d’un ton amer.

Seule et sans aucune perspective, Fofana s’est retrouvée dans une grande situation de vulnérabilité : « J’ai subi de l’harcèlement, de la maltraitance et de la discrimination et je suis tombée enceinte pendant cette période…» dit-elle avec un regard hagard avant de poursuivre : « À sept mois de grossesse, j’étais allée à Tanger pour tenter ma chance pour traverser la Méditerranée quand j’ai commencé à ressentir des douleurs inhabituelles au bas du ventre. J’ai vu du sang couler entre mes cuisses et, tout un coup, je n’arrivais plus à marcher à cause des douleurs. Quand je suis allée à l’hôpital pour consulter, ils m’ont demandé d’attendre le neuvième mois de grossesse pour revenir pour l’accouchement en me prescrivant des calmants pour calmer les douleurs ! Je n’avais pas d’argent pour payer une consultation ! » En réalité, Fofana faisait une fausse couche et a fini par perdre son enfant « Ça a été l’expérience la plus dévastatrice pour moi. Je ne m’attendais à rien de ce qui m’est arrivé et je ne sais pas si toute la douleur que j’ai ressentie disparaîtra un jour. ».

Le rêve ultime de rejoindre l’ « Eldorado européen » comme elle le qualifiait, a fini par devenir un vrai cauchemar. De plus, la pandémie de la COVID-19 est venue exacerber les vulnérabilités dans lesquelles se trouvaient les personnes migrantes en une situation irrégulière. En 2021, l’Organisation internationale des migrations (OIM) a assisté 5 623 personnes se trouvant dans sept régions du Maroc, dont la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Ceux-ci ont reçu des prestations et des consultations médicales ainsi que des médicaments.

Après avoir perdu son enfant, Fofana n’arrivait pas à assurer son gagne-pain. Quand la chance lui souriait, elle travaillait chez les familles en tant que femme de ménage ou dans les champs agricoles en échange d’une rémunération très faible qui ne subvenait même pas à ses besoins. A peine elle arrivait à payer son loyer et à se nourrir : « Je vivais dans des conditions encore pires que celles dans lesquelles j'étais dans mon pays. Quelquefois, il m’arrivait de ne plus avoir à manger et de ne plus avoir un toit. »

Après tous les défis auxquels elle a dû faire face, Fofana décida de retourner dans son pays pour « rattraper son temps perdu ». En 2021, dans le cadre du Programme d’Aide au Retour volontaire et à la Réintégration (AVRR), l’OIM a organisé, en coordination étroite avec ses partenaires, le retour sûr et digne de 2 377 migrante-s à partir du Maroc dont 610 étaient des femmes.  « Je retourne dans mon Pays que finalement je n'aurais pas dû quitter ! Dans un premier temps, je compte finir mes études parce que normalement je devais être diplômée comme le reste de mes ami-e-s qui m’ont déjà dépassé. Maintenant, je sens que je suis en retard mais tout ce que Dieu fait est bon. Je vais enfin retourner pour me focaliser sur le travail et rattraper le temps perdu ».

Fofana a entendu parler du Programme AVRR mis en œuvre par l’OIM et ses partenaires au Maroc à travers une de ses connaissances : « Mes parents insistaient toujours pour que je retourne chez moi parce qu’il y’a beaucoup de naufrages meurtriers qui ont coûté la vie à certain-e-s de mes ami-e-s et ça aurait pu être moi ! C’est pourquoi j’ai contacté l'OIM et je me suis enregistrée dans le Programme AVRR pour rentrer chez moi car je n'avais plus les moyens pour retourner dans mon Pays». En attendant la date de son départ vers la Guinée, Fofana a commencé à préparer son retour en assistant à des formations de courte durée sur le développement personnel dispensées aux migrant-e-s inscrit-e-s au Programme AVRR et leur permettant de retrouver leur confi­ance et estime de soi : « J’ai pu, grâce à ces sessions, aller au-delà du sentiment de retard que j’avais par rapport à mes ami-e-s qui étaient resté-e-s au Pays et qui avaient poursuivi leurs études et ont tout-e-s obtenu-e-s leurs diplômes. ». De plus, Fofana a bénéficié d’un deuxième module de formation en entrepreneuriat portant sur les bases de la conception et de la mise en œuvre de petites et moyennes entreprises et/ou projets générateurs de revenus. Capitalisant sur la base des connaissances acquises en Guinée avant d’entamer son projet migratoire, Fofana a augmenté ses chances pour réussir sa réintégration : « J’ai bien compris qu’une fois là-bas, dans mon pays, je peux me battre pour créer un projet rentable étant donné que mon vécu et mon aventure hasardeuse m’ont permis de développer de solides compétences et d’acquérir des connaissances, certes difficiles, mais aussi précieuses. ».

L'aide au retour volontaire de Fofana a été soutenue par le Fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique de l'Union européenne par le biais de l'Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrant-e-s.

 

Selon l’OIM, la réintégration est réputée durable lorsque les migrant-e-s de retour atteignent des niveaux d’autonomie économique, de stabilité sociale au sein de leur communauté de retour, et de bien-être psychosocial qui leur permettent de faire face aux leviers de (re) migration. Les migrant-e-s de retour ayant réalisé une réintégration durable sont en mesure de prendre des décisions de migration par choix plutôt que par nécessité. L’OIM au Maroc travaille en étroite collaboration avec les institutions partenaires nationales et locales pour fournir une assistance humanitaire, logistique, administrative et financière aux migrant-e-s bloqué-e-s ou en détresse souhaitant  retourner volontairement dans leurs pays d’origine.

 

[Cette histoire a été produite avec le soutien financier de l’Union européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’OIM et ne reflète pas nécessairement les opinions de l’Union européenne.]

 

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SDG 8 - TRAVAIL DÉCENT ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE
SDG 10 - INÉGALITÉS RÉDUITES